L’essor de l’éolien offshore

eolienne

La production d’électricité à partir de l’énergie éolienne est en plein essor ces dernières années, poussée par la transition énergétique. Si l’onshore connait déjà une croissance certaine depuis de nombreuses années maintenant, la complexité des installations en mer a jusqu’ici nettement freiné les projets offshore. Mais le développement et la diffusion de nouvelles technologies réduisent continuellement les coûts de production, à tel point que la production mondiale d’électricité par l’éolien offshore devrait connaître un véritable « boom » d’ici 2023.

Pour répondre aux enjeux de la transition énergétique, les mesures politiques se multiplient pour développer les énergies renouvelables. L’éolien offshore bénéficie sur ce point d’un appui politique très favorable, qui se renforce et se développe bien au-delà des frontières de l’Europe, berceau historique de cette industrie.

Le marché de l’éolien offshore a très longtemps été centré sur l’Europe, avec le Royaume-Uni en chef de file. Le pays représentait 34% de la puissance installée en 2018, suivi de près par l’Allemagne (28%), Dans le reste du monde, seule la Chine se démarquait également (complétant le podium avec 20%), les 18% restant étant répartis sur le reste du monde.[i]

La croissance européenne devrait se poursuivre, à hauteur de 3% par an environ d’ici 2025.1 Le Royaume-Uni et l’Allemagne resteront les principaux installateurs : le premier a déjà annoncé en 2018 vouloir effectuer des appels d’offres tous les 2 ans dès cette année et le second devrait revoir son objectif de 6 à 20 GW d’ici 2030[ii]. La France devrait leur emboiter le pas pour rattraper une partie de son retard et devenir un marché conséquent en Europe d’ici 2020.

Mais la plus grande croissance est attendue en Asie, continent moteur du développement de l’éolien offshore. Cette croissance sera largement tirée par la Chine. Pour la première fois en 2018, le pays a installé plus de capacité que n’importe quel autre pays dans le monde, y compris le Royaume-Uni (1,8 GW contre 1,3 GW[iii]), augmentant ses capacités installées de 55% par rapport à l’année précédente. Le gouvernement chinois a approuvé en décembre dernier le lancement de 12 nouveaux projets pour un total de 13 GW supplémentaires.[iv] Le Japon[v], l’Inde et Taiwan ont également pris des mesures pour atteindre leurs objectifs ambitieux.

De nombreux projets naissent également sur la côte nord-est des Etats-Unis, dont les mises en opération sont attendues pour beaucoup d’ici 2023 à 2025. Le pays devrait connaitre à cette date un véritable « boom », avec 1 GW d’installations offshore pour la production d’électricité, part quasiment inexistante aujourd’hui.

L’essor de cette industrie tient également aux collaborations grandissantes entre les différents acteurs. Les grandes entreprises historiques de l’éolien, européennes et chinoises (Orsted, Vattenfall, Goldwind, etc.), apportent leurs expertises sur les turbines développées et perfectionnées depuis des années en onshore. Les acteurs historiquement axés sur les activités pétrolières et gazières (Equinor, General Electric, Nexans, etc.) apportent leurs connaissances des installations offshore. Ces synergies permettent d’optimiser des technologies déjà matures, réduisant les coûts depuis une décennie maintenant.

Des technologies innovantes apparaissent également, favorisées par des liens renforcés entre grands groupes, PME et startups, sur l’ensemble des opérations : turbines, fondations, maintenance, câbles de transmission, etc. L’Europe possède d’ailleurs déjà un Hub d’innovation dédié à cette industrie, le « Offshore Wind Infrastructure Application Lab » (OWI-Lab). Le Royaume-Uni a également son “Offshore Wind Innovation Hub”.

D’après le GWEC (Global Wind Energy Council), ces avancées ont contribué à la réduction du coût global de l’électricité normalisé (LCOE) de 180 à 120 $/MWh.1 Selon l’IRENA (Agence internationale pour les énergies renouvelables), le coût moyen de l’électricité produite par l’éolien offshore pourrait continuer à diminuer de 4% par an jusqu’en 2022.[vi]

La rentabilité des projets augmentant, les investissements, prises de participation et acquisitions s’intensifient : l’entreprise allemande Reetec (filiale d’EDF Energies Nouvelles) a par exemple acquis la société OffShore Wind Solutions en 2017, quand le géant danois Orsted a pour sa part acheté la société Deepwater Wind pour plus de 400M€ fin 2018. Des acteurs historiques de l’Oil & Gas investissent également massivement, preuve que le marché est de plus en plus rentable. Le norvégien Equinor (anciennement Statoil) prévois par exemple d’investir plus de 900M€ au cours des prochaines années pour un projet au large des îles Canaries. Des joint-ventures se forment, illustrant la taille et complexité croissantes des projets. Engie et EDP (Energias de Portugal) ont annoncé en juin 2019 vouloir combiner leurs forces et investir 15 milliards d’euros d’ici 2025 dans cette co-entreprise dédiée à l’éolien offshore.

Les startups ne sont pas en reste, avec parfois plusieurs millions d’euros déjà levés. Toutes les briques technologiques font l’objet d’intérêts : structures flottantes (X1 Wind en Espagne, Eolink et Ideol en France), maintenance (Rope Robotics au Danemark, Ping en Australie, etc.), techniques de forages (GBM Works au Pays-Bas), etc.

Certains défis subsistent, notamment la résilience des infrastructures pour les adapter à des climats plus contraignants, réduire encore davantage les coûts, développer des solutions de stockage adaptées, etc. Néanmoins, l’éolien offshore est déjà dans une nouvelle phase de développement et devrait connaître une croissance annuelle de 18% jusqu’en 2023.[vii]

[i] GWEC – Global Wind Report 2019 (publié en Avril 2019)

[ii] https://www.offshorewind.biz/2018/12/06/germanys-2030-ow-target-increase-on-the-horizon/

[iii] https://safety4sea.com/china-leads-offshore-wind-growth-during-2018-report-says/

[iv] https://www.4coffshore.com/news/china-approves-over-13gw-nid11047.html

[v] https://www.ashurst.com/en/news-and-insights/legal-updates/japanese-parliament-passes-offshore-wind-legislation/

[vi] https://www.offshorewind.biz/2019/05/29/irena-offshore-wind-power-costs-on-downward-path/

[vii] https://www.technavio.com/report/global-offshore-wind-power-market-industry-analysis

2019-09-10T17:11:00+02:00mardi 10 septembre 2019|Energie|