Comprendre les algues, un enjeu de société

Sommaire

  1. Introduction au marché des algues
  2. Biostimulants agricoles
  3. Nutrition animale
  4. Nutrition humaine
  5. Conclusion
  6. Bibliographie

1. Introduction au marché des algues

Le terme « algues » recouvre deux mondes biologiques distincts. D’un côté, les macroalgues, les algues « visibles », pluricellulaires, classées en 3 grandes familles : les algues brunes (ex : Ascophyllum, Laminaria), les algues rouges (ex : Asparagopsis, Palmaria) et les algues vertes (ex : Ulva). Elles peuvent être récoltées ou cultivées en mer. De l’autre côté, on retrouve les microalgues, des organismes unicellulaires microscopiques (ex : Chlorella, Schizochytrium )) cultivés en bassins ouverts ou en photobioréacteurs. Aux côtés du phytoplancton (dont font partie les microalgues), ces organismes photosynthétiques comptent parmi les plus grands producteurs d’oxygène de la planète, et cela sans terres arables, sans eau douce et sans engrais de synthèse.

Cette singularité explique l’intérêt croissant qu’elles suscitent : capacité à croître très vite, à capter le carbone et les nutriments directement dans l’eau de mer, et à concentrer des molécules introuvables ailleurs. Les algues produisent en effet une palette de composés actifs recherchés par l’industrie : des polysaccharides (ex : fucoïdane, alginate, carraghénanes…), des polyphénols, des pigments (ex : fucoxanthine) et des oméga-3 (DHA, EPA).

Côté politique publique, le signal est net : l’Union Européenne estime que la demande en algues et produits dérivés d’algues pourrait atteindre 9 milliards d’euros en 20301, et plus de 20 espèces sont désormais autorisées à la vente comme aliment ou complément alimentaire au titre du règlement Novel Food1.

Dans cette perspective, cet article propose une lecture de veille et de conseil : identifier quelques innovations majeures autour des macroalgues et des microalgues, afin de mieux comprendre les marchés émergents, les verrous technologiques et les opportunités commerciales qui structurent aujourd’hui la filière.

2. Biostimulants agricoles

L’intérêt pour les algues n’est pas que scientifique, il est aussi stratégique. L’agriculture mondiale dépend aujourd’hui d’engrais minéraux dont une ressource clé, la roche phosphatée, est finie et géopolitiquement concentrée : l’Union européenne l’a classée matière première critique dès 2014 et importe plus de 85 à 90 % de son phosphore, principalement du Maroc, de Russie et de Chine2 3. Cette dépendance, conjuguée aux pollutions liées aux excès de fertilisation, nourrit une demande de modèles agricoles plus durables où les algues trouvent naturellement leur place.

De les applications des algues, le biostimulant agricole est la plus aboutie commercialement. Un biostimulant n’est ni un engrais (son rôle n’est pas d’apporter des nutriments en quantités significatives) ni un pesticide (il ne tue pas les espèces nuisibles pour la plante) : il stimule les processus naturels de la plante pour améliorer par exemple l’absorption des nutriments du sol ou la tolérance aux stress (sécheresse, salinité, chaleur). Par exemple, un biostimulant ne fournit pas directement davantage d’azote à la plante comme le ferait un engrais, mais il peut favoriser le développement racinaire ou l’activité de certains mécanismes d’absorption, permettant à la plante de mieux capter l’azote déjà présent dans le sol. Les biostimulants permettent donc d’augmenter les rendements et la qualité des cultures sans enrichir artificiellement les sols de nutriments.

Jusqu’au début des années 2010, l’effet observé des biostimulants algaux était souvent attribué aux phytohormones (cytokinines, auxines) de l’algue. Or, en Europe, une substance agissant comme un régulateur hormonal peut sortir du cadre réglementaire des biostimulants (rattaché au cadre des produits fertilisants) et relever de la règlementation beaucoup plus lourde des produits phytopharmaceutiques qui exige des dossiers d’évaluation beaucoup plus complexes sur l’efficacité, la toxicologie, l’écotoxicologie et les risques environnementaux du produit avant toute mise sur le marché. Néanmoins, le Conseil Européen de l’Industrie des Biostimulants (EBIC) a publié fin 2023 un livre blanc réfutant cette croyance. L’effet proviendrait en réalité des glucides complexes et des polyphénols de l’extrait, qui modulent l’expression génique et le métabolisme de la plante sans action hormonale directe4. Cette clarification permet ainsi de conforter le positionnement réglementaire des biostimulants algaux dans le cadre des produits fertilisants, facilitant l’accès au marché pour les industriels.

Le marché mondial des biostimulants (en général) est estimé à 4,46 milliards de dollars en 2025 et projeté à 7,84 milliards en 2030 (croissance annuelle de 11,9 %)5. Les extraits d’algues y sont le premier ingrédient actif en part de marché, et leur marché est estimé à 1,25 milliards de dollars en 2024 et projeté à 3,36 milliards en 2032. Les algues brunes fournissent l’essentiel de ces extraits (52% des revenus en 2024)6.

La maturité du segment se lit également à travers les accords industriels : BASF s’est associé à Acadian Plant Health en 2024 pour intégrer les biostimulants algaux à son portefeuille7, et même le private equity entre en jeu avec notamment le rachat de l’espagnol Plymag par Ardabelle Capital fin 2025.8

Bien que leur efficacité puisse varier selon la culture, le type de stress, la dose, le moment d’application et les conditions de terrain, les biostimulants à base d’extraits d’algues s’imposent comme une piste prometteuse pour accompagner la transition vers une agriculture plus résiliente. Cette variabilité souligne surtout la nécessité de poursuivre les essais agronomiques standardisés, afin de mieux caractériser les conditions d’efficacité et de démontrer un retour sur investissement clair pour les agriculteurs et les industriels. En parallèle, la qualité de la biomasse constitue un enjeu important : comme toute ressource naturelle, les algues doivent faire l’objet d’un contrôle rigoureux afin d’éviter l’accumulation de contaminants présents dans leur environnement. Loin de remettre en cause leur potentiel, ces exigences de preuve, de traçabilité et de contrôle qualité participent à la structuration d’un marché plus mature, capable de proposer des solutions fiables pour améliorer la performance des cultures tout en réduisant la pression sur les intrants conventionnels.

3. Nutrition animale

Sur le marché de la nutrition animale, les algues jouent plusieurs rôles. Elles sont principalement utilisées comme additif dans la nourriture améliorant la santé intestinale de plusieurs espèces (bovins, porcs, volailles) grâce aux polysaccharides qu’elles contiennent qui jouent à la fois un rôle immunomodulateur, prébiotique, et antioxydant. Certaines algues (notamment les algues rouges telles que Asparagopsis spp – image ci-contre), sont également étudiées pour leur capacité à produire du bromoforme (CHBr₃), une molécule capable de réduire les émissions de méthane chez les ruminants lorsqu’elle est intégrée à leur alimentation. La Banque mondiale projette le marché des macroalgues pour l’alimentation animale autour de 1,25 milliard en 20309.

3.1 Santé animale : des algues pour diminuer l’utilisation d’antibiotiques

Le segment le plus mûr concerne la santé intestinale. Le principe : utiliser des polysaccharides d’algues (laminarine, fucoïdane) comme immunomodulateurs (des substances qui stimulent ou régulent les défenses immunitaires), prébiotiques (des fibres non digestibles qui nourrissent les bonnes bactéries du tube digestif) et antioxydants (qui limitent l’inflammation et le stress oxydatif intestinal). L’objectif est de renforcer la barrière intestinale et la résistance aux pathogènes des animaux d’élevage, réduisant ainsi le risque de recours aux antimicrobiens en élevage.

Cette logique s’inscrit dans la stratégie européenne Farm to Fork10, publiée en 2020, qui vise à réduire de 50 % les ventes d’antimicrobiens (= antibactériens, antifongiques, antiinfectieux et antiprotozoaires) pour les animaux d’élevage et l’aquaculture d’ici 2030 afin de lutter contre la résistance antimicrobienne (qui cause chaque année près de 33.000 décès en Europe11).

rapport ESUAvet (European Surveillance of Veterinary Antimicrobial Consumption) 2024 de l’EMA (European Medicines Agency)12 indique qu’en 2024, l’Union européenne avait déjà réalisé environ la moitié de l’effort nécessaire pour atteindre son objectif de réduction de 50% des ventes d’antimicrobiens d’ici 2030 (89.6 mg/PCU en 2024 et objectif de 59.2 mg/PCU en 2030). Cela était dû principalement à la mise en place de plans nationaux de lutte contre l’antibiorésistance dans chaque pays incluant des restrictions sur certains antibiotiques critiques, des prescriptions plus encadrées, l’amélioration de la prévention sanitaire et le développement d’alternatives aux traitements antibiotiques. Les ventes ont diminué de près de 25% depuis 2018 (118.3 mg/PCU), mais elles ont réaugmenté pour la deuxième année consécutive depuis le point bas atteint en 202212. Cette hausse peut s’expliquer par une augmentation des besoins sanitaires dans certains élevages, liée par exemple à (diarrhées, inflammations ou les infections digestives), aux systèmes de production ou aux pratiques d’élevage (densité animale élevée, manque d’hygiène, sevrage précoce). Cette réaugmentation ne remet donc pas en cause la tendance de long terme, mais elle montre que la réduction des antimicrobiens reste fragile. Les algues pourraient ainsi se positionner sur le segment de la santé animale, afin de soutenir cette tendance à la baisse de l’utilisation des antimicrobiens en élevage.

D’autant plus que les preuves en faveur de leur efficacité se multiplient, avec des résultats concrets.

Chez le porc, des polysaccharides d’Enteromorpha ont été testés chez des porcelets sevrés et ont amélioré le gain moyen quotidien, réduit le ratio aliment/gain et diminué le taux de diarrhée (Zou et al., 2021).13

Chez la volaille, l’ajout de polysaccharides d’Enteromorpha prolifera dans l’alimentation de poulets de chair a amélioré leur croissance, la hauteur des villosités intestinales, la production d’acides gras à chaîne courte et la modulation du microbiote caecal (Wassie et al., 2021).14

Chez les bovins, une étude récente a montré que les polysaccharides d’algues (4g/veau/jour) augmentaient le poids, le gain moyen quotidien et le tour de poitrine des veaux, tout en réduisant le taux de diarrhée et les marqueurs inflammatoires (Zhao et al., 2025).15

Enfin, en aquaculture, un extrait aqueux d’Ulva rigida testé chez le bar asiatique a amélioré l’immunité, augmenté les bactéries bénéfiques du genre Bacillus, réduit le stress oxydatif et accru la survie après infection par Vibrio vulnificus, sans effet négatif observé sur le foie ou l’intestin (Klongklaew et al., 2025).16

On retrouve sur ce segment plusieurs produits déjà commercialisés comme ALGIMUN® d’Olmix, ou OceanFeedTM d’Ocean Harvest. Ces produits sont destinés à tous les types d’élevages (bovins, porcins, volaille, aquaculture…) et revendiquent un renforcement de l’immunité et de la santé intestinale des animaux.

3.2 L’additif anti-méthane : une promesse spectaculaire mais controversée

L’innovation la plus médiatisée en nutrition animale reste certainement l’additif anti-méthane pour ruminants. L’élevage bovin est une source majeure de méthane, un gaz au pouvoir de réchauffement environ 28 fois supérieur à celui du CO₂ sur un siècle17. Cette production de méthane est due à la présence d’archaea méthanogènes dans leur rumen (le premier estomac des ruminants). L’idée est d’incorporer à leur alimentation une molécule que l’on retrouve principalement dans l’algue rouge Asparagopsis : le bromoforme (CHBr3). Celui-ci est capable de limiter l’activité de la coenzyme M methyltransferase, une enzyme nécessaire à la méthanogenèse. Sa consommation entraîne donc chez les ruminants une forte diminution de la quantité de méthane émis.18

Une méta-analyse de 2025 portant sur 14 études in vivo (sur vaches laitières et à viande) montre qu’à une dose moyenne d’environ 28,3 mg de CHBr₃/kg de matière sèche (donc moins de 0,003% de la ration journalière), les ingrédients contenant du bromoforme réduisent la production de méthane de 47,3 % en moyenne. La réduction de la production de méthane dépend de la dose de CHBr₃, mais elle n’est pas proportionnelle. Autrement dit, les premières doses apportent les gains les plus importants, puis l’effet devient progressivement moins marqué, témoignant d’un possible effet de saturation. L’analyse souligne que des doses plus élevées de CHBr3 peuvent réduire l’ingestion de matière sèche. À dose moyenne, on observe déjà une diminution de -6,45 % chez les vaches laitières et de -3,26 % chez les bovins viande. Cela se traduit par exemple chez les vaches laitières par une baisse de la production de lait (−4.60%).19

Malgré ces résultats, l’utilisation du bromoforme issu d’algues reste confrontée à plusieurs verrous. Le premier est la variabilité de la teneur en bromoforme d’Asparagopsis, qui dépend de l’espèce, des conditions de culture ainsi que des méthodes de séchage et de stockage. Le deuxième verrou concerne la sécurité sanitaire et l’acceptabilité réglementaire. Les données disponibles suggèrent qu’à faibles doses (taux d’inclusion d’Asparagopsis entre 0,2 et 0,5% de la ration journalière, cohérent avec les doses de bromoforme de la méta-analyse citée précédemment), le bromoforme présente une faible biodisponibilité et un risque limité de transfert vers la viande ou le lait 20. En effet, l’ingestion de grandes quantités de bromoforme pourrait entraîner un dysfonctionnement cérébral et des lésions du foie et des reins selon l’EPA (Environmental Protection Agency). Néanmoins les traces de bromoforme retrouvées dans le lait des vaches supplémentées au bromoforme restent près de 500 fois plus faibles que la dose maximale recommandée par l’agence21 22et aucune trace de bromoforme n’a été identifiée dans la viande23. Enfin, le passage à l’échelle reste difficile car la culture industrielle d’Asparagopsis est coûteuse, encore peu mature, et nécessite une chaîne d’approvisionnement capable de garantir une qualité constante du produit21.

D’autres solutions anti-méthane existent, notamment le 3-NOP (3-Nitrooxypropanol), une molécule de synthèse initialement développée par DSM-Firmenich, et commercialisée sous la marque Bovaer®, qui est aujourd’hui l’alternative la plus avancée commercialement. Selon la méta-analyse de Purba et Sangsawad (2025)24, les macroalgues affichent une réduction moyenne du méthane plus élevée que le 3-NOP, avec environ 51,0 % contre 30,6 %. Toutefois, les algues riches en bromoforme, comme Asparagopsis, restent freinées par la variabilité du produit, la stabilité du CHBr₃, le coût et les incertitudes réglementaires19. À l’inverse, le 3-NOP présente l’avantage d’être plus facilement intégrable dans les rations et son déploiement à court terme est jugé plus réaliste24. Cette différence se retrouve dans les statuts réglementaires : les algues ou extraits contenant du CHBr₃ ne disposent pas encore d’un cadre d’autorisation aussi stabilisé, notamment aux États-Unis, où aucune algue contenant du CHBr₃ n’est approuvée par la FDA comme additif alimentaire pour bovins19. En Europe, ces produits nécessiteraient une évaluation spécifique comme additifs alimentaires. Le 3-NOP bénéficie en revanche d’un cadre plus mature : il est autorisé dans l’Union européenne pour les vaches laitières et les vaches destinées à la reproduction par le règlement d’exécution (UE) 2022/56525, et la FDA a publié en 2024 une lettre de discrétion d’application permettant son usage encadré chez les vaches laitières aux États-Unis26.

4. Nutrition humaine

4.1 Le marché de la nutraceutique

La nutraceutique humaine est le terrain le plus large en applications potentielles mais aussi le plus encadré. L’intérêt d’étudier les algues pour la nutrition humaine provient surtout des composés suivants.

Les oméga-3

Le DHA et l’EPA, acides gras à longue chaîne importants pour le cerveau, la vision et le système cardiovasculaire, proviennent à l’origine des microalgues : les poissons gras (comme la sardine et le maquereau) n’en sont que des concentrateurs, car ils les consomment et les accumulent via la chaîne alimentaire marine27. L’industrie court-circuite désormais le poisson en cultivant directement ces micro-organismes, notamment Schizochytrium pour le DHA, et Nannochloropsis pour l’EPA, dans une logique végane et de moindre pression sur les ressources marines28 29. Le marché des oméga-3 algaux est estimé à 1,38 milliard de dollars en 2025, avec une croissance annuelle de 5,1 %30. Les deux principaux producteurs d’oméga-3 issus d’algues sont DSM-Firmenich et Corbion.

Les prébiotiques marins

Ces dernières années, les algues ont suscité un intérêt croissant comme nouvelle génération de prébiotiques, au-delà des fibres terrestres déjà bien établies comme l’inuline, les FOS ou les GOS. Leur originalité tient à la diversité de leurs polysaccharides : alginates, laminarines et fucoïdanes chez les algues brunes, ulvanes chez les algues vertes, carraghénanes ou porphyranes chez les algues rouges dont les structures sulfatées ou ramifiées sont très différentes des fibres végétales classiques. Ces molécules résistent en grande partie à la digestion dans l’intestin grêle et peuvent être fermentées par certaines bactéries du côlon, favorisant la production d’acides gras à chaîne courte comme l’acétate, le propionate ou le butyrate, associés à la santé de la barrière intestinale et à la modulation de l’inflammation31. L’intérêt est donc double : élargir le portefeuille des prébiotiques disponibles avec des ingrédients d’origine marine, et proposer des polysaccharides multifonctionnels, étudiés non seulement pour leur fermentation par le microbiote, mais aussi pour leurs effets antioxydants, immunomodulateurs, anti-inflammatoires et leur rôle potentiel dans le soutien de la barrière intestinale. La validation clinique récente (Avril 2026) de Maritech®, un extrait de fucoïdane d’Undaria pinnatifida comme prébiotique par Marinova illustre cette montée en maturité industrielle, même si les preuves cliniques humaines restent encore moins nombreuses que pour les prébiotiques historiques32.

4.2 Protéines alternatives : la piste des microalgues

Les microalgues et organismes assimilés comme la spiruline apparaissent comme une piste prometteuse pour diversifier les sources de protéines, en alimentation humaine comme animale. Leur intérêt vient d’abord de leur forte teneur protéique : la spiruline contient généralement 50 à 70 % de protéines et la chlorelle autour de 50 à 60 % de la matière sèche contre 37% pour le soja, avec un profil couvrant l’ensemble des acides aminés essentiels, ce qui les rapproche des protéines de soja sur le plan nutritionnel³³.

Elles présentent aussi un avantage de durabilité, car leur production peut être réalisée en bassins, photobioréacteurs ou fermenteurs, sans dépendre directement de grandes surfaces de terres arables³⁴. Toutefois, leur qualité réelle dépend de la biodisponibilité des protéines : la spiruline est relativement digestible, mais la chlorelle possède une paroi cellulaire rigide riche en cellulose qui limite l’accès des enzymes digestives, avec une digestibilité souvent estimée autour de 70–80 %, améliorable par des procédés de rupture cellulaire³⁵.

Le marché des protéines d’algues reste encore émergent, estimé autour de 933 millions de dollars en 2024, mais il attire déjà des acteurs industriels, comme l’illustrait le partenariat Nestlé – Corbion de 2019 sur des ingrédients à base de microalgues³⁶ ³⁷. En France, la start-up Edonia illustre également cette dynamique : fondée sur la transformation de microalgues comme la spiruline ou la chlorelle en ingrédients texturés pour alternatives végétales, elle a levé 2 millions d’euros en 2024 afin d’industrialiser sa technologie et d’accélérer son développement³⁸ ³⁹.

Les principaux verrous restent le coût de production et d’extraction, le goût, la couleur verte parfois difficile à intégrer dans les aliments, ainsi que la sécurité sanitaire car les microalgues peuvent bioaccumuler certains métaux lourds selon les conditions de culture⁴⁰⁴¹.

Conclusion

Les algues s’imposent donc comme une biomasse stratégique à la croisée des transitions agricole, alimentaire et environnementale. Les biostimulants agricoles et les oméga-3 algaux disposent déjà de marchés structurés, d’acteurs industriels identifiés et de produits commercialisés. Les solutions de soutien à la santé intestinale et à l’immunité des animaux sont également présentes sur le marché, tandis que les additifs anti-méthane issus d’algues restent plus incertains, entre résultats scientifiques prometteurs, essais pilotes, verrous réglementaires et défis de passage à l’échelle. Les prébiotiques marins et les protéines de microalgues se situent dans une position intermédiaire : l’intérêt scientifique et industriel progresse rapidement, mais la preuve clinique, la standardisation, le coût et la sécurité sanitaire restent déterminants pour accélérer leur adoption. La valeur ne se créera donc pas partout au même rythme : elle dépendra de la capacité des acteurs à transformer une biomasse prometteuse en solutions fiables, réglementées et économiquement viables.

Depuis plusieurs années, Erdyn soutient les acteurs innovants dans le domaine des algues : nous les accompagnons dans leur positionnement marché et dans l’accélération de leurs innovations et de leurs projets R&D. La vraie question n’est aujourd’hui plus de savoir si les algues compteront, mais sur quel segment, à quel horizon et avec quel cadre réglementaire.

Bibliographie

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