Dermatologie vétérinaire du chien et du chat : principales affections, besoins thérapeutiques non couverts et innovations thérapeutiques

Le chien et le chat sont les animaux de compagnie les plus représentés en médecine vétérinaire et les principales cibles des innovations en dermatologie. Les affections retenues dans cet article sont à la fois les plus fréquentes dans ces deux espèces et celles pour lesquelles les besoins médicaux non couverts restent les plus importants. Leur caractère chronique, leur fréquence élevée et la nécessité de traitements de longue durée en font également un domaine particulièrement dynamique en matière d’innovation thérapeutique.

  • Dermatite atopique et le syndrome atopique félin

La dermatite atopique canine (DAC) et le syndrome atopique félin (SAFC) sont des maladies inflammatoires chroniques résultant d’une réaction immunitaire excessive à des allergènes présents dans l’environnement. Chez le chien, les mécanismes impliquant les cytokines IL‑4, IL‑13 et IL‑31 sont désormais bien documentés (1).  Chez le chat, la compréhension de la maladie reste plus limitée et aucun biomarqueur spécifique n’est actuellement reconnu (2).

Le principal symptôme observé est le prurit, souvent associé à des lésions de grattage, de léchage ou de mordillement (1). Ces maladies ont un impact important sur la qualité de vie de l’animal et de son propriétaire en raison de leur caractère chronique, des rechutes fréquentes et du risque d’infections secondaires (3).

La prise en charge de la dermatite atopique est multimodale et associe des traitements visant à restaurer la barrière cutanée, contrôler le prurit et l’inflammation, ainsi qu’agir sur la cause allergénique lorsque cela est possible (4). Les principales options thérapeutiques actuellement disponibles sont présentées dans le tableau ci-dessous.

Objectif thérapeutique Type de traitement Mécanisme d’action Espèce concernée
Restaurer la
barrière
cutanée
Soins topiques restaurateurs de la barrière cutanée
Apport de lipides cutanés pour renforcer l’intégrité de la peau et limiter la pénétration des allergènes. Chien & Chat
Nutraceutiques dermatologiques
(ω-3, ω-6…)
Apport d’acides gras essentiels contribuant au maintien de la fonction barrière et à la modulation de l’inflammation. Chien & Chat
Contrôler le
prurit et
l’inflammation
Glucocorticoïdes
Inhibition de la réponse inflammatoire et de la production de cytokines pro-inflammatoires. Chien & Chat
Ciclosporine
(inhibiteur de la calcineurine)
Inhibition de l’activation des lymphocytes T et de la réponse immunitaire. Chien & Chat
Oclacitinib
(inhibiteur de JAK)
Blocage préférentiel de JAK1 interrompant la signalisation des cytokines impliquées dans le prurit (notamment l’IL-31). Chien
Lokivetmab
(anticorps anti-IL-31)
Neutralisation spécifique de l’IL-31, cytokine clé impliquée dans le déclenchement du prurit. Chien
Agir sur la
cause
allergénique
Immunothérapie allergénique spécifique
(ASIT)
Induction progressive d’une tolérance immunitaire vis-à-vis des allergènes responsables. Chien

(2, 4, 5, 6)

Le marché de la dermatologie vétérinaire est principalement porté par quelques acteurs majeurs, notamment Zoetis (Apoquel®, Cytopoint®), Elanco (Atopica®, Zenrelia®), Virbac (gamme Allerderm®) et Ceva Santé Animale (gamme Douxo®), qui développent des solutions couvrant aussi bien les traitements ciblés que la restauration de la barrière cutanée.

Malgré la disponibilité de plusieurs options thérapeutiques, des besoins non couverts persistent. Les traitements actuels permettent généralement de contrôler le prurit et l’inflammation, mais les rechutes restent fréquentes, certains animaux présentent une réponse insuffisante ou des formes réfractaires, et peu de solutions sont spécifiquement validées chez le chat.

Parmi les pistes les plus prometteuses figurent les biothérapies ciblant la voie IL-4/IL-13, dont le rôle central dans la réponse immunitaire de type Th2 en fait une cible thérapeutique d’intérêt (1). Si ces approches sont aujourd’hui principalement développées en médecine humaine, elles présentent un fort potentiel translationnel pour la dermatologie vétérinaire et pourraient contribuer, à terme, à une prise en charge plus personnalisée de la dermatite atopique (7).

  • Dermatite allergique aux piqûres de puces (DAPP)

La dermatite allergique aux piqûres de puces (DAPP) est une réaction d’hypersensibilité aux protéines présentes dans la salive des puces. Contrairement à une simple irritation mécanique, elle résulte d’une réponse immunitaire excessive pouvant être déclenchée par un très faible nombre de piqûres. Observée aussi bien chez le chien que chez le chat, elle constitue l’une des principales causes de dermatose prurigineuse en médecine vétérinaire (8).

La maladie se manifeste principalement par un prurit intense pouvant entraîner des lésions cutanées, des excoriations et un surtoilettage, particulièrement chez le chat. En l’absence de prise en charge adaptée, les lésions peuvent s’aggraver et favoriser l’apparition d’infections cutanées secondaires. Le caractère récidivant de la DAPP altère la qualité de vie de l’animal et impose au propriétaire une prévention antiparasitaire rigoureuse, associée à un traitement de tous les animaux du foyer et, si nécessaire, de l’environnement afin de limiter les réinfestations.

Le traitement de la DAPP repose avant tout sur une élimination rigoureuse des puces afin d’interrompre l’exposition aux allergènes salivaires. Les principales options thérapeutiques actuellement disponibles sont présentées dans le tableau ci-dessous.

Objectif thérapeutique Type de traitement Rôle / objectif thérapeutique Espèce concernée
Éliminer les
puces
Isoxazolines
(fluralaner, afoxolaner,
sarolaner, lotilaner)
Élimination rapide et prolongée des puces par blocage des canaux chlorure GABA- et glutamate-dépendants. Chien & Chat
Contrôler le
prurit et
l’inflammation
Glucocorticoïdes
Inhibition rapide de la réponse inflammatoire. Chien & Chat

(8)

Les principaux acteurs du marché, notamment Zoetis, Elanco, Boehringer Ingelheim et Merck Animal Health, commercialisent des antiparasitaires systémiques et topiques reposant principalement sur la classe des isoxazolines, devenue la référence dans le contrôle des infestations par les puces grâce à son efficacité et à sa durée d’action prolongée (9).

Malgré l’efficacité des antiparasitaires actuels, les principaux besoins concernent désormais la prévention durable des réinfestations et des récidives. La prise en charge reste dépendante d’un contrôle simultané de l’ensemble des animaux du foyer et de l’environnement, où se trouve la majorité des stades immatures des puces. Les développements actuels visent ainsi davantage à optimiser les stratégies de prévention, à prolonger la durée de protection et à améliorer l’observance des traitements qu’à introduire de nouvelles classes thérapeutiques (10).

  • Infections cutanées secondaires : pyodermites et dermatites à Malassezia

Les infections cutanées secondaires apparaissent généralement à la suite d’une affection primaire, telle qu’une dermatite allergique ou une altération de la barrière cutanée. Ces déséquilibres favorisent la prolifération de micro-organismes opportunistes, principalement des bactéries et des levures, qui entretiennent l’inflammation, aggravent le prurit et contribuent aux récidives (11).

Les pyodermites correspondent à des infections bactériennes de la peau, le plus souvent causées par Staphylococcus pseudintermedius, tandis que les dermatites à Malassezia résultent d’une prolifération excessive de Malassezia pachydermatis, une levure commensale devenant pathogène lorsque l’équilibre cutané est perturbé (11).

Les pyodermites se manifestent généralement par l’apparition de pustules, de croûtes, d’érosions, de lésions érythémateuses ou suintantes, souvent associées à un prurit d’intensité variable (12). Les dermatites à Malassezia sont quant à elles caractérisées par un prurit chronique, un érythème marqué, la présence de squames, une séborrhée grasse ainsi qu’une odeur cutanée caractéristique (11).

Ces infections ont un impact important sur le bien-être de l’animal en raison de l’inconfort chronique qu’elles génèrent. Les démangeaisons persistantes favorisent les auto-traumatismes liés au grattage ou au léchage excessif et contribuent à l’aggravation des lésions cutanées (12). Leur caractère souvent récidivant entraîne des consultations vétérinaires répétées et la mise en place de traitements prolongés (11).

La prise en charge repose avant tout sur le traitement de la cause sous-jacente, associé à un contrôle des infections bactériennes ou fongiques lorsqu’elles sont présentes. Les principales options thérapeutiques actuellement disponibles sont présentées dans le tableau ci-dessous.

Objectif thérapeutique Type de traitement Mécanisme d’action Espèce concernée
Contrôler les
infections
bactériennes
Chlorhexidine
(antiseptique topique)
Réduction de la charge bactérienne cutanée ; traitement de première intention des pyodermites superficielles. Chien & Chat
Antibiotiques systémiques
(amoxicilline-acide clavulanique,
céfalexine…)
Élimination des bactéries responsables des pyodermites étendues ou profondes. Chien & Chat
Contrôler les
infections
fongiques
Miconazole + chlorhexidine
(topique)
Action antifongique et antiseptique contre Malassezia. Chien & Chat
Antifongiques systémiques
(itraconazole…)
Inhibition de la synthèse de l’ergostérol ; traitement des formes généralisées ou réfractaires. Chien & Chat

(11, 12)

Le marché est principalement porté par des acteurs tels que Dechra, Ceva Santé Animale, Virbac, Elanco et Zoetis, qui commercialisent des antiseptiques, des antibiotiques et des antifongiques destinés à la prise en charge des pyodermites et des dermatites à Malassezia.

Malgré la disponibilité de ces traitements, plusieurs besoins non couverts persistent. Les récidives restent fréquentes lorsque l’affection primaire n’est pas maîtrisée et l’utilisation répétée d’antibiotiques et d’antifongiques favorise l’émergence de résistances antimicrobiennes. Les recherches actuelles s’orientent ainsi vers des approches permettant de réduire le recours aux antimicrobiens tout en assurant un contrôle durable des infections. Parmi les pistes les plus prometteuses figure la phagothérapie, étudiée comme alternative ou complément aux antibiotiques pour le traitement des infections bactériennes résistantes. Toutefois, son application en dermatologie vétérinaire reste encore au stade de la recherche (13, 14)

  • Dermatologie translationnelle : un dialogue croissant entre médecine humaine et vétérinaire

La dermatologie vétérinaire et la dermatologie humaine entretiennent aujourd’hui des échanges scientifiques étroits, la dermatite atopique canine étant largement reconnue comme l’un des modèles spontanés les plus pertinents de la dermatite atopique humaine. Les deux maladies présentent de nombreuses similitudes cliniques, histopathologiques et immunologiques, notamment une altération de la barrière cutanée, une réponse immunitaire de type Th2 et l’implication de cytokines telles que l’IL-4, l’IL-13 et l’IL-31 (15, 16).

Cette proximité a favorisé un important transfert de connaissances entre les deux disciplines. Les avancées réalisées en médecine humaine sur les mécanismes de la dermatite atopique, notamment concernant la barrière cutanée et les cytokines Th2, ont directement orienté le développement de traitements ciblés en médecine vétérinaire, tels que les inhibiteurs de JAK et les anticorps anti-IL-31 (6). En parallèle, les modèles canins de dermatite atopique ont permis d’étudier l’évolution naturelle de la maladie et d’évaluer précocement de nouvelles stratégies thérapeutiques dans des conditions proches de la clinique humaine. Ils ont notamment été utilisés pour caractériser le rôle de l’IL-31 dans le prurit, étudier les anomalies de la barrière cutanée et évaluer des approches visant à restaurer cette dernière (16).

Ainsi, la dermatologie translationnelle ne consiste pas uniquement à adapter des traitements d’une espèce à l’autre, mais également à faire progresser la compréhension des mécanismes physiopathologiques grâce à des modèles spontanés partageant de nombreuses caractéristiques biologiques.

  • Sources

[1] Banovic F. (2025). Updated insights into the molecular pathogenesis of canine atopic dermatitis.
https://doi.org/10.1111/vde.13300

[2] Mueller RS. et al. (2021). Treatment of the feline atopic syndrome: A systematic review.
https://doi.org/10.1111/vde.12933

[3] Gedon NKY., Mueller RS. (2018). Atopic dermatitis in cats and dogs: A difficult disease for animals and owners.
https://doi.org/10.1186/s13601-018-0228-5

[4] Olivry T. et al. (2015). Treatment of canine atopic dermatitis: 2015 updated guidelines from the International Committee on Allergic Diseases of Animals (ICADA).
https://doi.org/10.1186/s12917-015-0514-6

[5] Forster S. et al. (2025). Comparative efficacy and safety of ilunocitinib and oclacitinib for the control of pruritus and associated skin lesions in dogs with atopic dermatitis.
https://doi.org/10.1111/vde.13319

[6] Wichtowska A., Olejnik M. (2025). Anti-Cytokine Drugs in the Treatment of Canine Atopic Dermatitis.
https://doi.org/10.3390/ijms262210990

[7] de Bruin-Weller MS. et al. (2026). Biologics to Treat Atopic Dermatitis: Effectiveness, Safety, and Future Directions.
https://doi.org/10.1111/all.70061

[8] Zhou X., Hohman AE., Hsu WH. (2022). Current review of isoxazoline ectoparasiticides used in veterinary medicine.
https://doi.org/10.1111/jvp.12959

[9] Future Market Insights. (2036). Canine Flea Allergy Dermatitis Market | Global Market Analysis Report.
https://www.futuremarketinsights.com/reports/canine-flea-allergy-dermatitis-market

[10] Dryden M., Blakemore JC. (1989). A review of flea allergy dermatitis in the dog and cat.
https://www.researchgate.net/publication/285521532

[11] Bond R. et al. (2020). Biology, diagnosis and treatment of Malassezia dermatitis in dogs and cats.
https://doi.org/10.1111/vde.12809

[12] Merck Veterinary Manual. Pyoderma in Dogs and Cats.
https://www.merckvetmanual.com/integumentary-system/pyoderma/pyoderma-in-dogs-and-cats

[13] Loponte R. et al. (2021). Phage Therapy in Veterinary Medicine.
https://doi.org/10.3390/antibiotics10040421

[14] Squires RA. (2021). Bacteriophage therapy for challenging bacterial infections: achievements, limitations and prospects for future clinical use by veterinary dermatologists.
https://doi.org/10.1111/vde.12958

[15] Freudenberg JM. et al. (2019). The Comparison of Skin Transcriptomes Confirms Canine Atopic Dermatitis Is a Natural Homologue to the Human Disease.
https://doi.org/10.1016/j.jid.2018.10.018

[16] Marsella R., Girolomoni G. (2009). Canine Models of Atopic Dermatitis: A Useful Tool with Untapped Potential.
https://doi.org/10.1038/jid.2009.98

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