Les territoires régionaux faces à l’Intelligence Artificielle – étude de cas Hauts-de-France

Les territoires régionaux faces à l’Intelligence Artificielle – étude de cas Hauts-de-France

A la fois menace et opportunité, l’intelligence artificielle (IA) est une technologie qui favorise fortement les entreprises pionnières et déclasse les retardataires. En effet les données et l’expertise acquises par les premiers créent d’importantes barrières à l’entrée pour les suiveurs. Tantôt créatrice de valeur, tantôt destructrice d’emplois, elle peut bouleverser le tissu économique d’un territoire de façon positive ou bien négative. 

Fort heureusement les territoires peuvent se préparer à ces bouleversements et en faire un atout économique. Dans cette logique le Medef Lille Métropole, Opcalia, La Région et l’État représenté par la DGEFP et la Direccte Hauts-de-France, ont confié à Erdyn et Katalyse une étude prospective sur l’impact de l’IA sur le territoire Hauts-de-France pour diagnostiquer les forces et faiblesses du territoire et construire un plan d’action. Alors que la restitution de cette initiative originale a eu lieu publiquement le 17 septembre, nous rappelons ici les enjeux pour les territoires, la nature des travaux menés en Hauts-de-France et leurs résultats. 

Des territoires en concurrence face à l’IA

L’IA devrait générer des gains de productivité importants dans le monde. Son utilisation permettra d’automatiser certaines tâches, d’en créer de nouvelles ou encore d’augmenter les travailleurs. Son déploiement devrait générer une croissance de 307 % de la productivité mondiale à l’horizon 2023. Ce chiffre devrait monter à 507 % à l’horizon 2030. Cependant, la répartition des gains devrait être fortement inégalitaire 

Une course internationale aux plans IA est lancée pour monter en compétence suffisamment rapidement. Nombre d’états ont déjà annoncé leurs stratégies : le Canada (mars 2017), Singapore (mai 2017), la Chine (Juillet 2017), l’Union européenne (avril 2018), etc.  La France n’échappe pas à cette concurrence entre territoires. A la suite du rapport Villani et celui de France Stratégie sur l’IA, le plan IA français (mars 2018) a choisi de focaliser l’action sur 4 instituts interdisciplinaires : Grenoble (santé, l’environnement et l’énergie), Nice (santé et le développement des territoires), Paris (santé, transports et environnement) et Toulouse (transport, environnement et santé).  

La candidature de Lille en région Hauts-de-France, nommée « HumAIn », s’axait sur des thématiques du territoire : santé, véhicule autonome, sécurité, analyse financière et e-commerce. Malgré des compétences reconnues en IA, elle n’a pas été retenue, diminuant les moyens disponibles pour lutter contre les autres territoires attractifs proches comme Londres (plan IA annoncé en juin 2018) ou la région Parisienne. En effet, La région Île-de-France n’a pas attendu sa labellisation pour présenter en octobre 2018 sont propre plan pour l’IA. D’autres régions ont également lancé des actions pour anticiper les impacts de l’IA et identifier ses acteurs sur leurs territoires. En janvier 2019, le service Intelligence Economique et Territoriale d’Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises a présenté son portrait des acteurs engagés dans les technologies et les usages de l’IA. De plus la Direccte Centre-Val de Loire a lancé une étude pour mesurer l’impact de l’IA sur les processus industriels dans 4 filières : aéronautique, agroalimentaire, automobile et logistique. 

L’étude confiée à Erdyn et Katalyse revêt donc une importance capitale pour la stratégie du territoire Hauts-de-France qui cherche à se positionner dans la compétition. Ci-après nous décrivons la méthodologie mise en place pour faire face à ces enjeux. 

Le territoire Hauts-de-France à l’initiative par une étude prospective originale   

La méthodologie mise en place par Erdyn et Katalyse comportait trois volets

  • l’analyse de la littérature mondiale afin de construire un référentiel dans lequel positionné le territoire Hauts-de-France 
  • un ancrage territorial à partir de données de terrain (plus de 60 entretiens) et de rapports régionaux 
  • la co-construction d’un plan d’action avec les acteurs du territoire 

Concernant la littérature autour des impacts de l’IA et de l’automatisation, elle est très foisonnante (inégalités territoriales, niveaux de transition numérique requis, inégalités entre entreprises pionnières et retardataires, métiers menacés, métiers transformés…). Son analyse a permis de construire un référentiel des impacts par secteur.

En parallèle, un ancrage de l’initiative dans le territoire a été mené. Les retours de l’analyse documentaire ont donc été confrontés à une série d’entretiens auprès d’acteurs du territoire et d’experts IA. La région Hauts-de-France est le berceau de plusieurs grandes entreprises du commerce et possède également une activité forte autour de la santé et de la logistique. Pour rendre compte de ces spécificités, la répartition par activités des entretiens a été voulue proche de leurs poids économiques dans la région. Un découpage en fonction du rôle des acteurs a également été choisi : acteurs impactants (fournisseurs de service, entreprises pionnières, centres de recherche spécialisé, etc.), acteurs impactés (entreprises du territoire, centres de formation, académiques, etc.) et acteurs accompagnateurs (clusters, incubateurs, etc.).  

Pour clôturer le diagnostic du territoire et bâtir son avenir concernant l’adoption de l’IA, un atelier de co-construction du plan d’actions a été réalisé avec des acteurs de tous types. Au cours de cet atelier, les premiers résultats de l’étude ont été présentés. Trois activités ont été réalisées autour des compétences et métiers, de la sensibilisation et de l’accompagnement des entreprises, et enfin de la visibilité et lisibilité de l’écosystème. Cet atelier a été une nouvelle occasion de fédérer les différentes initiatives du territoire (HumAIn, Cité de l’IA, etc.) et de leur faire gagner en visibilité.   

Cette méthodologie a porté ces fruits et ci-après nous en décrivons les principaux résultats. 

Un diagnostic et un plan d’action pour une région compétitive et attractive 

Un élément de diagnostic important est que l’écosystème de la région Hauts-de France est aujourd’hui difficile à comprendre pour ses acteurs. Ce manque de transparence entraine un manque de dialogue entre l’offre d’IA et la demande ainsi qu’un manque de visibilité des exemples à suivre.  

En termes de cartographie des acteurs, la région Hauts-de-France héberge un grand nombre d’initiatives locales et spécialisées intégrant l’IA comme thématique. Des start-ups pour le retail sont hébergées à Euratechnologie. Eurasanté propose des ateliers de sensibilisation aux technologies de la donnée médicale à ses membres. Roubaix IA a vocation à fédérer les acteurs du territoire. Les académiques du territoire ont commencé à se rassembler autour du projet « HumAIn ». Un premier travail de recensement permettra donc de créer des ponts pour les fédérer. Par ailleurs, des cartographies des entreprises et start-ups dans le champ de l’IA, des centres de recherche et des acteurs accompagnateurs ont rendu compte des inégalités de la région et de la concentration des acteurs autour de Lille Métropole.

A ce travail de recensement des acteurs s’ajoute une identification des besoins (accompagnement, formation, emploi) des entreprises en fonction de leur niveau de maturité et de leurs secteurs d’activité. Un besoin d’acculturation important est à noter à tous les niveaux. Les entreprises et structures accompagnatrices ont du mal à comprendre la logique de l’IA : comment l’implémenter, pour quels résultats, avec qui, etc. Il sera donc nécessaire de continuer à accompagner la transition numérique vers plus de collecte et de structuration des données de l’ensemble des acteurs pour permettre le développement de l’IA.  

L’étude aborde aussi les conséquences sectorielles et l’impact en termes d’emplois comme par exemple dans le graphique suivant. 

Figure: Matrice effectif régional / impact IA des secteurs (Hauts-de-France, 2019) 

L’IA est une brique de la transition numérique et participera à l’automatisation des entreprises. Son développement aura ainsi de fortes répercutions sur l’emploi et les compétences. Dans les dix prochaines années, 4 200 postes d’experts IA seront à pourvoir en Hauts-de-France soit 80 % du nombre de chercheurs actuels sur l’IA pour l’ensemble du territoire national et 10 fois le nombre de chercheurs en IA actuellement sur le territoire. L’IA risque donc d’accentuer la pénurie de compétences numériques et d’augmenter la pression sur les formations aujourd’hui existantes. En Hauts-de-France,111 400 postes en lien avec l’IA seront à pourvoir dans les 10 ans à venir pour 81 de formations liées à l’IA recensées sur le territoire.  

Enfin le plan d’action co-construit par les cabinets Erdyn et Katalyse et les acteurs du territoire arbore 3 axes : la formation, l’accompagnement des entreprises et la dynamique de l’écosystème. De ce plan d’actions recommandé, les commanditaires de l’étude ont conservé les trois axes structurants ainsi que des actions à fort impact telles que l’identification d’ambassadeurs de l’IA dans la région, la création d’un club IA pour accueillir des événements ou encore la création d’une marketplace de l’IA.  

Figure 1 : Plan d’actions final retenu par les commanditaires de l’étude sur la base des recommandations d’Erdyn et Katalyse 

Pour en savoir plus sur l’initiative IA en Hauts-de-France : https://www.iahdf.org/

2019-12-10T17:21:44+01:00jeudi 10 octobre 2019|Technologies de l'information et de la communication|